15.09.2008
Discoshop
Moins de deux ans après Média Music, Discoshop, le dernier disquaire de Thionville, le grand disquaire historique de la ville, a fermé ses portes il y a quelques semaines dans l'indifférence générale. Cela faisait un bon moment que l'on sentait que cela n'allait plus, que le magasin était à l'agonie, rentré dans le cercle vicieux du "moins de clients = moins de choix" - "moins de choix = moins de clients". La dernière fois que j'y étais entré, cela remonte à peut-être un an, j'étais vite ressorti, effrayé par tous ces rayons presque vides ...
Une époque se termine. Plus de disquaires. Il reste des endroits où l'on vend des disques - c'est pas la même chose : au centre-ville chez Plein Ciel ou dans la zone du Linkling chez Cultura et dans les supermarchés. Mais a-t-on encore besoin d'endroits où l'on vend des disques ?
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10.12.2007
Las Malenas

La salle de concerts L'Adagio célèbrait ce week-end son 10ème anniversaire, et la fête avait déjà commencé vendredi soir avec "Las Malenas" groupe féminin de tango. Alors des filles qui jouent du tango, c'est pas quelque chose de très courant. Il faut rappeler que cette musique est née dans les bas-fonds de Buenos Aires au début du XXème siècle, dans un milieu d'émigrés presque exclusivement masculin - ce qui explique en grande partie l'immense tristesse qui émane du tango. Par la suite, quelques femmes ont fait partie des orchestres de tango, la plupart en tant que chanteuses, mais cela reste quand même un milieu très masculin.
Mais me direz-vous, il y a bien maintenant des blancs qui font du blues (!), alors pourquoi pas des femmes qui font du tango ! Les "Las Malenas" ne font pas de complexes. Ce sont six belles jeunes femmes (ce qui ne gâche rien), quatre françaises (aux cordes) et deux argentines (bandonéon et piano), qui naviguent entre tango "classico" et "nuevo tango" : valses, milongas, et morceaux plus modernes à la Piazzola. Le tango, avec elles, prend des airs de musique savante : arrangements sophistiqués, pas de chant, des musiciennes en tenue de gala, comme pour un concert classique. Mais cela n'enlève aucun charme à la musique, et le public de l'Adagio a succombé. Elles ont terminé leur concert par "Michelangelo 70" d'Astor Piazzola, c'était divin !
Piazzola, l'incontournable, dont on peut redécouvrir depuis peu une dizaine d'albums originaux réédités en "Edicion Critica", c'est à dire avec le plus grand soin, et qui couvrent la période 1961-1982 (il existe énormément de compilations, coffrets et concerts disponibles, mais beaucoup sont de piètre qualité).

Celui-ci "Tango Contemporaneo" date de 1963, et on y découvre un véritable travail d'orfèvre en studio sur les compositions du maitre. Chaque morceau est un petit bijou d'instrumentation. On dit que ces disques avaient choqué à l'époque par la liberté qui était prise avec le tango - ce qui parait aujourd'hui assez incompréhensible. Moi ça me donne envie de les avoir tous !
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04.12.2007
Le disque du siècle de la semaine : YoungBlood Brass Band

YoungBlood Brass Band : "Is that a riot ?" (2006). Cela fait des mois que je n'avais parlé de disques ici, rien de vraiment enthousiamant à me mettre sous la dent, et puis voilà les américains de YoungBlood Brass Band que je me passe en boucle depuis plusieurs semaines. Je n'arrive pas à m'en lasser.
Les groupes de fanfare (brass band) essentiellement composés de cuivres et de percussions sont particulièrement en vogue en ce moment. Celui-ci a la particularité de mélanger la musique de fanfare telle qu'on peut la pratiquer à la Nouvelle Orléans avec du hip-hop, du jazz, le tout dans un esprit résolumment punk avant-gardiste. Cela donne un musique hyper énergique, pleine de rage, avec des paroles engagées : ça me fait penser au groupe-collectif punk The Ex (ou à la Mano Negra des débuts) : une manière de jouer comme dans l'urgence, comme si la fin du monde était pour demain. Ca jaillit dans tous les coins, ça fourmille d'idées. C'est rageur, instable, on passe d'un rythme punk déjanté à une mélodie douce sans prévenir, mais le tout est quand même cohérent. J'adore.
A écouter sur http://www.youngbloodbrassband.com ou sur http://myspace.com/youngbloodbrass
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24.05.2007
Abd Al Malik

Abd al Malik, c'est une des grandes révélations de l'année 2006, même si il fait du rap depuis de nombreuses années (avec le groupe N.A.P). Il a été porté par la vague slam, même s'il n'en fait pas vraiment partie au départ. Et si vous appréciez Grand Corps Malade, qui passe ce samedi au Théâtre Municipal de Thionville, il vous faut absolument découvrir ce deuxième album solo "Gilbratar" (Prix Constantin et Grand Prix de l'Académie Charles Cros 2006), tout simplement parce que c'est encore mieux !
On parle beaucoup des textes à propos du slam (et ceux d'Abd al Malik sont assez fracassants), mais ce qui me frappe aussi, c'est la qualité de la musique et des arrangements (c'est vrai aussi pour Grand Corps Malade). Même si parfois on peut être agacé par certains samples quand on connait trop bien les morceaux originaux (Nina Simone ....). Bref, un disque à découvrir absolument, même si on n'est pas amateur de rap. http://www2.abdalmalik.fr/
Tout cela donne envie d'en savoir un peu plus sur le bonhomme. C'est possible avec ce livre de 2004 où Abd Al Malik se raconte. Et à 28 ans, il a déjà beaucoup de choses à dire. Dans la première partie, la plus intéressante, Régis, fils d'émigrés congolais, se retrouve avec sa mère et ses trois frères dans une banlieue chaude de Strasbourg. Elève modèle la semaine, le pré-ado est pickpocket le week-end et vit la grande vie. Puis il assiste, impuissant, à la déliquescence de la vie en banlieue, sous les effets de la drogue, la montée de la violence, la perte des valeurs ... Un constat amer, dur, qui fait froid dans le dos (pour un petit bourgeois thionvillois né en Auvergne comme moi !) ...
Le petit délinquant se réfugie alors dans l'islam (alors qu'il est issu d'une famille catholique), trouvant là un échappatoire et une raison de vivre - ainsi qu'une forme de résistance à une société qui rejette les jeunes de banlieue. Il devient très pratiquant, allant jusqu'à parcourir la France pour assister à des prêches d'imams en voque, où descendre dans la rue pour attirer les jeunes dans les mosquées. Mais parallèlement, il continue ses études (Philosophie et Lettres), et fait partie d'un groupe de rap en vogue (la musique n'est pas très bien considérée dans l'islam). Dans la dernière partie, celui qui est devenu Abd al Malik trouve une solution aux tiraillements que lui provoquent sa double vie en découvrant le soufisme et une certaine spiritualité.

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20.05.2007
Le disque du siècle de la semaine : Dakota Suite

Dakota Suite : "Waiting for the dawn to crawl through and take away your life" (Glitterhouse - 2007) - Je continue mon exploration des musiques calmes : après Clogs, Man, Sylain Chauveau, voici Dakota Suite avec un pop très minimaliste, intimiste, dépressive. C'est calme donc, très calme, voire immobile. Très peu d'instruments, une production soignée. C'est triste et c'est beau.
On en apprend un peu plus sur ce groupe qui a déjà sorti plusieurs albums dans le DVD qui accompagne le CD et qui contient un documentaire d'une cinquantaine de minutes "Wintersong" réalisé par deux étudiants suisses. Un très beau film sur un groupe un peu hors du commun, où l'on apprend qu'ils habitent dans le nord de l'Angleterre, que le chanteur-compositeur Chris Hooson écrit et chante parce que sinon il deviendrait fou, qu'il ne sait même pas écrire la musique, et que ses acolytes sont donc là pour mettre en forme tous ces étranges morceaux qui lui sortent de la tête.
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23.04.2007
Dimanche (3)

Ma vie culturelle est un peu en sommeil en ce moment, après les vacances et avec l'agitation des présidentielles. Hier, il faisait beau, et comme d'habitude, les thionvillois, après avoir fait (nombreux) leur devoir de citoyens, sont aller se promener sur les bords de la Moselle. Comme le montre cette photo envoyée par François, ils ont été un peu perturbés par le bruit de ces bolides flottants : on reconnait Nicolas devant, suivi de Ségolène et de François. On ne voit pas Jean-Marie, il est tombé à l'eau juste avant de passer le pont des Alliés ...

Après toutes ces émotions électorales, j'en profite pour écouter de la musique légère, avec l'excellent deuxième album d'Amy Winehouse. Jeune anglaise blanche (elle a 23 ans), Amy a la voix grave d'une vieille noire américaine. On commence à parler beaucoup d'elle, parce qu'elle est douée (elle chante bien et compose elle-même ses chansons), mais aussi parce qu'elle est délurée et n'a pas sa langue dans sa poche. Ce disque est fortement influencé par les girls groups américains des années 60 : Supremes, Ronettes, Shangri-Las, ... Les producteurs de l'époque avaient pour ambition de faire "des symphonies de poche pour adolescents". Il y avait plein de choeurs, de cuivres, de cordes ... On retrouve tout ça dans ce disque, sauf que dans les bluettes des 60's, les filles parlaient d'histoires d'amour tristes et impossibles et là, ca parle ... d'histoires d'amour tristes et impossibles ! Mais c'est pas pareil, c'est juste un peu plus trash ! Question musique, c'est carrément revival, mais c'est tellement bien fait que je me le passe en boucle depuis des semaines ! A découvrir sur http://www.amywinehouse.co.uk/
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28.01.2007
Le disque du siècle de la semaine : Socalled
Socalled : Ghetto-Blaster (label bleu - 2006) - Voici un bien beau disque de la semaine, car j'ai complètement craqué sur l'album de cet huluberlu qu'est Socalled. Pour situer la musique, ce qui est assez improbable, il faut parler un peu du bonhomme. Josh Dolgin, de son vrai nom, est un canadien qui a baigné très tôt dans le hip-hop. Puis l'âge venant, il s'est passionné pour les musiques yiddish, collectionnant les vynils, et devenant petit à petit un spécialiste du genre. Alors, on pourrait résumer en disant qu'il fait du rap en samplant de la vielle musique populaire juive, mais ce serait aller un peu vite, car sur cet album, on trouve :
- un morceau de r'n b complètement fou avec trois chanteuses différentes et un chanteur de rap - le tube de l'album "You are never alone" dont on ne se lasse pas.
- un morceau de piano solo
- de la techno accompagné d'une clarinette
- un chant yiddish piraté par un chanteur de rap québécois (en français donc) d'origine zaïroise
- de la musique "klezmer" ...
et ainsi de suite. Socalled est entouré d'une ribambelle d'invités, chanteurs, rappeurs, jazzeux, dont les excellents David Krakauer (clarinette) et Gonzales (piano). Tout ceci est assez réjouissant et déjanté, à l'image de la vidéo ci-dessous (la chanson n'est pas sur l'album) :
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08.11.2006
MEDIA MUSIC, c'est fini
Un disquaire qui disparait, c'est toujours un peu triste. Media Music, petit magasin de disques du centre-ville, place Claude Arnoult, vient de fermer ses portes (j'en avais un peu parlé l'année dernière ici). Il sera remplacé par un magasin d'épices !
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06.11.2006
Le disque du siècle de la semaine : The Tango Saloon
"The Tango Saloon" (Ipecac - 2006) - Si l'on en croit le titre et la pochette de ce disque, ainsi que ce que l'on peut en lire, on pourrait s'attendre à du tango joué à la manière western. C'est vrai sur un titre, la merveilleuse reprise du "Libertango" d'Astor Piazzola, avec les paroles en anglais déjà utilisées par Grace Jones il y a bien longtemps. Mais même si Piazzola et Ennio Morricone semblent être les points de départ du disque, on s'oriente vite vers d'autres styles : ambiances cabaret à la Kurt Weil, improvisations jazz, samples ... L'australien Julian Curwin, qui est à l'origine de ce projet, se dit aussi influencé par des musiciens comme Bill Frisell, Marc Ribot, John Zorn. On passe donc un peu du coq à l'ane d'un morceau à l'autre (et même à l'intérieur d'un même morceau !), mais l'ensemble reste cohérent. Une musique d'ambiance moderne et sophistiquée !
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12.10.2006
NJP - John Zorn
Je n'irais pas aux NJP (Nancy Jazz Pulsations), je n'y suis d'ailleurs jamais allé - trop loin, trop compliqué, ... Et pourtant, quand je regarde le programme du festival, je suis vert ! D'abord parce qu'il y a de sacrées têtes d'affiches (Cesaria Evora, Gotan Project, Divine Comedy, ...), que les seconds couteaux sont pas mal non plus - j'en connais pas beaucoup mais j'adorerais voir par exemple les congolais furieux de KONONO N°1 - et puis ce que je trouve génial, c'est qu'il n'y a presque pas de jazz - preuve qu'on ne s'arrête pas aux styles. En plus, ils font plein de concerts décentralisés en Lorraine, mais rien du côté de Thionville, c'est vraiment trop injuste (j'aime bien faire mon Caliméro). Ca a démarré samedi et c'est jusqu'au 21 octobre.
Pour me consoler, j'écoute ce disque de John Zorn, qui est l'invité d'honneur du festival cette année. Il s'agit de "Filmworks 18" qui est une musique de film pour une comédie "The Treatment" qui n'est pas sortie en France. On peut lire ce qui suit sur l'accroche de la pochette - je trouve amusant le ton très "publicitaire" qui tranche un peu avec le personnage :
"For Oren Rudavsky’s new romantic comedy, Zorn has put together a new quartet with a fresh new sound. Drawing upon the modern tango of Piazzolla with a touch of minimalism, this dynamic quartet of violin, accordion, vibes and bass is modern instrumental music at its creative best. At times upbeat and humorous, at times dark and moody, the music combines a soaring lyricism with interlocking counterpoint and complex rhythmic tapestries. Featuring guitar genius Marc Ribot in a supportive role on several tracks, this is one of Zorn’s finest scores. A remarkable listening experience from start to finish."
C'est un disque très calme, presque une musique d'ambiance (ce qui est normal pour une musique de film me direz-vous) si ce n'est la richesse de l'instrumentation. John Zorn s'est inspiré des musiques d'Astor Piazzola au niveau des arrangements et des instruments (violons, accordéon). Mais ce n'est pas du tango, plutôt des mélodies inspirées de musiques des pays de l'est. Ca n'a rien à voir avec les (multiples !) productions plus expérimentales de John Zorn, mais c'est quand même très agréable à écouter.
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